Pour ceux qui aiment les images, on peut aussi : Voir une réexploitation du diplôme pour l'exposition "Quand le collectif panique" en 2014

 

Sinon voici un extrait de la première édition en 2004:
Une page de garde + une introduction...

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Reconstruction de la “Juiverie” à Apt, morceau de ville à habiter

À l’heure où on laisse trop souvent la consommation devenir la finalité de nos actes et décisions, il m’a semblé nécessaire de traiter de l’espace public ; un espace où l’on s’adresse au citoyen ; un espace qui ne se consomme pas ; un espace qui ne se classe pas; un espace devenant donc chaque jour plus vulnérable.

L’espace public présente en effet un caractère insaisissable, il se construit dans la durée; il est fait de décisions et d’émergences. L’exercice d’architecture, exercice de pouvoir (Nietzche)1, s’inscrit dans la décision. Comment matérialiser cette décision sans qu’elle nuise à l’identité, aux représentations, à la vie en place mais au contraire les fasse siennes tout en permettant d’évoluer ? Ou bien comment un acte d’architecture permet-il de recevoir une vie à venir pour l’espace public en question ? Comment un acte d’architecture peut-il apparaître ouvert à la diversité des êtres humains ? Comment par le projet, peut-on donner à l’espace public un caractère hospitalier ?

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dechirureL’exercice sur la “Juiverie” à Apt, morceau de ville dont on a du mal aujourd’hui à saisir le statut urbain (rue, place..?), se proposera d’approcher ces questions de plus près ; ceci en considérant cependant que la réponse apportée ne pourra se reproduire dans un autre lieu. Toutefois on essaiera de rechercher une approche permettant de rester fidèle aux “substances génératrices”2 de l’espace public.

Le projet se donnera comme objectif de “recoudre” un tissu urbain “déchiré” dans le centre d’une petite ville comme Apt, qui en tant que ville a besoin d’être “habitée”3 (Heidegger) pour exister en tant que telle.


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Dans un premier temps, nous nous familiariserons avec le site, essaierons de comprendre la place qu’on lui donne dans son environnement urbain. Celle-ci est intimement liée à l’évolution de ce quartier au cours de l’histoire et donc à la mémoire qu’il nous transmet. Cette mémoire nous livre une représentation de la “Juiverie” peu valorisante. Et c’est peut-être pour cela, parce qu’elle fait partie des quartiers peu prestigieux d’Apt, qu’on a laissé la dégénérescence ronger ce morceau de ville.

Les destructions se sont juxtaposées les unes aux autres sans créer de véritables liens. Ce désordre a rendu l’espace vulnérable, et propice à des “pratiques illicites ”4. S’y ajoute la dégradation des immeubles négligés qui menacent alors de s’écrouler. Devant ce désordre apparaissant ingérable, on a jugé préférable de détruire, faire disparaître.

 

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Néanmoins, la révélation de l’emplacement d’un théâtre romain remonta légèrement l’estime apportée au site. La marque d’un monument historique sacralise toujours d’une manière ou d’une autre un endroit. J’irai jusqu’à croire que la présence du théâtre est d’ailleurs devenue auprès des décideurs l’unique intérêt et matière du site.
De cette rencontre avec la “Juiverie”, découlera un projet de place. Une place liant les divers éléments et dynamiques du site. Une place rendant l’espace lisible. Une place qui pouvant se reconnaître peut alors être habitée. Pour cela on s’interrogera sur le détail de la pathologie. D’où peut venir ce manque de reconnaissance ? En terme d’espace, qu’est-ce qui fait que personne n’identifie clairement la “Juiverie” et que cet espace ne peut être aujourd’hui une place ? Les lectures de Camillo Sitte viendront orienter le sujet.
C’est ainsi que l’idée d’un projet de place vient appeler un projet d’architecture: l’extension du musée. Un bâtiment qui matérialisera et fermera la place mais aussi répondra aux besoins du musée d’archéologie. De plus la création d’un lieu culturel ouvrant sur la place, pourrait étendre la pratique du centre ville. Une attention particulière sera apportée au raccord des deux architectures, à savoir le musée d’archéologie, bâtiment du 18s et son extension, bâtiment moderne.
En ce qui concerne la place, le fort dénivelé constituera une donnée importante, donnée s’ajoutant à celle de la mémoire du théâtre dont un seul pilier a survécu.

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La troisième partie présentera l’extension du musée. L’espace proposé est en effet étroit, et la proximité des voisins ne simplifie pas les données spatiales. C’est une question que nous avons du régler. On veillera bien entendu à ce que le bâtiment suive la logique dans laquelle il a émergé c’est à dire à ce que son architecture s’inscrive dans la structure de la place. Étant donnés le temps imparti et le fait que le début de l’étude se situe avant la réalisation d’un programme architectural c’est-à-dire au niveau d’une problématique à l’échelle de la ville, le détail de représentation, pour le projet de l’extension, se limitera au 100ème.
L’enjeu du projet consistera à trouver une solution qui se rapproche le plus possible du “vrai”5 , en considérant toute la complexité spatiale et la petite échelle dans laquelle se trouve notre site.

 

 

NOTES

1. Guy Naizot, préambule au texte d’introduction des trois soirées d’architecture à la parole errante, le 6,7,8 décembre, 2001.
Françoise Choay, l’urbanisme, utopies et réalités, ed du seuil, 1965, p429 à 434.
Reconstruction de la “Juiverie” à Apt, morceau de ville à habiter

2. Substances qui relèvent non seulement des décisions mais aussi et surtout de l’imprévu qui appartient au temps et souvent indépendant de la volonté des décideurs. En somme, tous les ingrédients qui permettent au lieu d’exister et de se nourrir d’une identité qu’on lui donne.


3. “ Habiter ” ne se résume pas ici au simple fait de se loger mais au fait d’évoluer dans un espace ; espace des différentes activités quotidiennes qui fait qu’un espace devient sien. En ce sens, un tissu doit permettre qu’on l’habite, pour que chacun s’y retrouve, se l’approprie, le reconnaisse comme faisant partie d’un univers dans lequel chacun est concerné


4.Terme employé pour qualifier les regroupements de jeunes, réduisant ainsi ces pratiques à de la délinquance et de ce fait justifier le “ nettoyage ” qui évite de voir le fond du problème et donc de se salir les mains. Je dirais plutôt que ces regroupements (nécessaires dans les limites du respect) ne sont pas pris en compte dans les espaces de la ville et ne peuvent pas faire ainsi partie du correct. Ils sont repoussés dans des espaces négligés et rentrent, par le fait qu’ils sont cachés et non reconnus, dans un champ d’illicité où les acteurs eux-mêmes se considèrent comme délinquants. L’espace se retrouve donc privatisé là où un système indépendant s’est développé ; système hostile aux visiteurs étrangers représentant le “correct” qui repousse ce même système. Cette opposition permet à ceux qu’on appelle “ délinquants” de se nourrir d’une identité faute de reconnaissance.

5. Un “ vrai ” que l’art peut atteindre ; l’art qui pour Heidegger est une “ mise en œuvre de la vérité ”. Ce " vrai " difficile à localiser n’existe pas en tant que tel, il ne peut se palper et pourtant s’éprouve et éclaire sur l’évidence d’une vie qui anime ce monde. Certains, pour mieux le comprendre, lui donnent une forme, une consistance, un poids ( " 21 grammes " film de Alejandro Gonzalez Inarritu, 2004).

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On peut aussi : Voir une réexploitation du diplôme pour l'exposition "Quand le collectif panique"

 



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